L'express : "La cyberguerre a commencé"

Publié le par Philippe

De Guillaume Grallet

Attaques, contre-attaques, opérations de sabotage, espionnage qui ne dit pas son nom... Sur Internet, de nouvelles formes de conflits se développent. Une extension des champs de bataille dans le monde virtuel, que les Etats ne peuvent plus ignorer.





e bâtiment de crépi ne paie pas de mine. Pourtant, ces deux étages ternes sont sans doute plus essentiels pour la souveraineté de l'Inde que le Taj Mahal. En haut d'un escalier en colimaçon, l'oeil est attiré par une photo jaunie, où des agents du Mossad, les services israéliens de renseignement, tout sourires, sortent d'un cours d'informatique. A l'intérieur, le ronflement des ventilateurs masque mal la chanson de Balasubramanyam, un crooner de Bollywood. Une trentaine d'ados, accrochés à leur clavier, usent de pseudonymes pour subtiliser, auprès de hackers du monde entier, les secrets d'une attaque à venir sur une compagnie aérienne locale, Kingfisher Airlines.

Bienvenue à e2Labs, la première école indienne de lutte contre la piraterie informatique, nichée à Hyderabad, dans le centre du pays. Sur deux étages d'un immeuble érigé dans les années 1950, des experts forment, depuis 2003, au rythme de 250 par an, les jamesbond.com, ceux qui devront répondre du tac au tac aux attaques en ligne. D'ores et déjà, Internet apparaît comme le nouveau champ de bataille planétaire.

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Dans les locaux de e2Labs, un centre de formation créé en 2003, près de 250 personnes apprennent, chaque année, à contrer les hackers. Situé à Hyderabad, e2Labs aide le gouvernement indien à se prémunir contre les attaques des pirates, de plus en plus nombreuses.

Voilà qui ne manque pas de sel. Alors que le réseau mondial a été conçu pour survivre à une attaque nucléaire, quelques malicieuses lignes de code suffiraient ainsi à transformer ce génial instrument de communication en machine à détruire? Révolue, en effet, l'ère du script kiddie, hacker boutonneux qui, hier, «pissait» des lignes de code, motivé uniquement par le défi intellectuel de l'exploit informatique. Aujourd'hui, le pirate, déjà doté d'un fort appétit financier, se découvre guerrier. Certes, Famas, kalachnikovs et mines antipersonnel ne sont pas près de finir au placard. Mais il faudra désormais compter avec ces fantassins des temps modernes qui, par le côté soudain, dévastateur et global de leurs attaques, obligent les gouvernants de tous les pays à revoir leur stratégie de défense.

Le Conseil de l'Europe n'a-t-il pas tenu, début avril, à Strasbourg, un colloque consacré au sujet? Dans la foulée, au sommet de Bucarest, l'Otan réclamait plus de coopération entre ses Etats membres et tirait la sonnette d'alarme. Tout comme la première puissance du monde, désemparée. «Vous n'avez besoin ni d'une armée, ni de marines, ni d'une aviation hors pair pour battre les Etats-Unis», explique le général américain William T. Lord, pour qui un ordinateur peut virtuellement être à l'origine de plusieurs 11 Septembre. Un «hacktivisme» qui, redonnant de la vigueur aux terrorismes de tout poil, secoue l'équilibre des forces en vigueur depuis la chute du mur de Berlin.

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