Piratage : Frédéric Lefebvre ne fait pas peur à BeeMotion

Publié le par Philippe

Le député UMP Frédéric Lefebvre vient de demander la création d'une commission d'enquête sur BeeMotion. Ce site de vidéo pirate, attaqué dans la presse par Luc Besson, a fermé mi-février. Contacté par Eco89, son créateur juge que Frédéric Lefebvre « ne sait pas trop de quoi il parle ». Et il n'a pas renoncé à créer un nouveau site.

Le 14 février, Luc Besson s'en prend à BeeMotion dans Le Monde et sur Canal+. Il en fait le symbole du piratage et dénonce la complicité des fournisseurs d'accès et des annonceurs. Quelques heures plus tard, l'hébergeur du site, Free, le contraint à fermer.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais Frédéric Lefebvre annonce immédiatement qu'il demandera la création d'une commission d'enquête à l'Assemblée nationale. « Les sites comme BeeMotion sont des dealers », explique-t-il alors à 20 Minutes.

« Une entreprise de piratage industriel »

Un mois après, Frédéric Lefebvre a tenu promesse. Comme l'ont repéré PCInpact et Numerama, le député a déposé auprès du président de l'Assemblée nationale une proposition de résolution en vue de créer une commission d'enquête « de trente membres ». Objectif : 

« Faire toute la lumière sur les circonstances exactes qui ont amené à la participation volontaire ou non de six acteurs du Net, à cette entreprise de piratage industriel, dont l'exploitant était BeeMotion.fr, et s'attacher à identifier les points sur lesquels il faudra éventuellement modifier la législation pour éviter qu'une telle affaire ne puisse se reproduire. »

Les « acteurs du net » formeraient en effet une chaîne contribuant, techniquement ou financièrement, au piratage :  les hébergeurs (ici, le groupe Iliad et sa filiale Free), les régies publicitaires (Google et Allotrafic), et leurs clients (Price Minister, notamment).

Comme Luc Besson, Frédéric Lefebvre assure que BeeMotion diffuse ses vidéos pirates « depuis le Canada ». Le créateur du site, Romain, l'avait démenti sur Eco89. Il expliquait alors que « quand on paie une place de cinéma dix euros, c'est du vol aussi ».

Aujourd'hui, l'étudiant se dit surpris :  « Franchement, je ne pensais pas que ça irait jusque-là. » Depuis la fermeture de BeeMotion, il n'aurait reçu aucun courrier ou e-mail de la justice ou des ayants droit des films piratés.

Les limites de la loi Hadopi

Romain rejette les accusations de « piratage industriel » lancées par Frédéric Lefebvre : 

« J'ai un peu l'impression qu'il ne sait pas trop de quoi il parle. Par exemple, il accuse Free ou Google alors que ce n'est pas trop de leur ressort. Mais après tout, il est plus haut placé que moi... »

Si BeeMotion est devenu un symbole du piratage, c'est surtout parce qu'il illustre les limites du projet de loi Hadopi. Ce n'était pas un site de « peer-to-peer », mais de streaming, sans téléchargement. Une pratique de plus en plus courante mais oubliée par Christine Albanel.

Cet oubli n'a pas échappé à Frédéric Lefebvre. Dans sa proposition de résolution, le député explique : 

« Il apparaît donc nécessaire d'apporter un éclairage juridique et économique sur cette affaire qui, selon les propres mots de l'entreprise concernée, entend réapparaître sous une autre forme, et plus inquiétant, pour servir de modèle à un système généralisé. »

Créer un Deezer du cinéma

Sur Eco89, Romain avait en effet expliqué qu'il comptait relancer BeeMotion, mais légalement. Son rêve :  appliquer au cinéma le modèle de Deezer, site musical au départ illégal et aujourd'hui cité en modèle par Christine Albanel et Frédéric Lefebvre lui-même.

Il n'a pas abandonné ce projet : 

« On a commencé à réfléchir à une interface pour le site. J'attends aussi ce que les parlementaires vont dire sur le projet de loi Hadopi. Ils disent justement que Deezer est un bon modèle économique. »

Le président de l'Assemblée nationale doit encore se prononcer sur la demande de Frédéric Lefebvre. Mais si le créateur de BeeMotion était convoqué devant les députés, que leur dirait-il ?

« Ce n'était pas tellement légal et je ne peux pas le nier. Mais ce sera peut-être l'occasion de se poser des questions et d'ouvrir les yeux des producteurs et réalisateurs, pour qu'ils réalisent que c'est à eux de s'adapter et pas à leurs clients. »

 

http://eco.rue89.com/2009/03/26/piratage-frederic-lefebvre-ne-fait-pas-peur-a-beemotion

Publié dans Culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Alyka 30/03/2009 22:44

Oui, tu as bien raison de souligner l'évolution des reflexions concernant le telechargement et la culture sur internet (l'exemple de Deezer est vraiment flagrant!)... la loi Hadopi a plus que ses limites, en effet, c'est bien de reglementer, d'accompagner le changement, mais les reflexions semblent etriquées...Enfin, tant qu'à Besson qui critique mais ne met même pas à disposition l'ensemble de ses film en telechargement légal...no commentBonne soirée (et merci, très interessant ton blog).

Philippe 31/03/2009 21:25


Bien dit Bonne soiree