Daniel Kupferstein : “On transforme le moindre fait divers en fait de société”
| Le 17 décembre 2010 à 11h45 - Mis à jour le 17 décembre 2010 à 13h00 | ||
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LE FIL TéLéVISION - Le documentaire choc (et toc) d'Arte sur le machisme rampant dans la cité Balzac continue de faire des vagues. Mercredi 15 décembre, des réalisateurs ont dénoncé dans une conférence de presse les dérives de la télévision publique. Auteur d'un documentaire sur la même cité de Vitry-sur-Seine, Daniel Kupferstein nous explique les motifs de son inquiétude.
La petite salle de la Maison des associations du 3e arrondissement était copieusement remplie mercredi matin. Des réalisateurs et documentaristes y avaient appelé à une « conférence de presse » autour de la contre-enquête sur La Cité du mâle , ce documentaire choc d'Arte censé rendre compte des rapports garçons-filles dans la cité Balzac de Vitry-sur-Seine, là où la jeune Sohane fut brûlée vive en 2002. Ce programme, produit par Doc en stock, la société de Daniel Leconte, illustre pour les organisateurs « la dérive de la télévision publique » autour d'un fait divers qui date de 2002. Rencontre avec l'un d'eux, le réalisateur Daniel Kupferstein, auteur en 2009 de Dans le regard de l'autre, sorte d'antithèse de la Cité du mâle.
Pourquoi La Cité du mâle est-il selon vous une illustration d'« une dérive exemplaire de la télévision publique » ?
Ce documentaire illustre d'abord la dérive de la télévision en général. On a déjà vu ce type de mauvais reportage – pour moi, c'est un reportage – racoleur et voyeuriste sur TF1 ou M6. La nouveauté, c'est que Arte s'y met aussi. Si la chaîne de la culture fait comme TF1, où va-t-on ? Ce type de travail remet en cause le rapport filmeur-filmé et toute l'éthique de la profession de réalisateur-documentariste. La réalisatrice de La Cité du mâle avait une image préconçue et a gardé les séquences qui l'intéressait, et jeté les autres. On ne voit par exemple aucun habitant de la cité Balzac dans le montage final ! On assiste à un formatage des sujets, avec l'emploi de plus en plus fréquent de commentaires journalistiques. Ici, la voix off va jusqu'à parler de « fascisme ordinaire » ! Ce n'est plus un film avec un regard, cela devient un sujet télé. Tout cela aboutit à ce qu'il n'y ait aucune réflexion sur le phénomène. Le documentaire est en train de se faire bouffer par le reportage.