Nathalie Kosciusko-Morizet ne peut ni faire, ni ne pas faire
Nathalie Kosciusko-Morizet est prise au piège dans une prison de verre. Que peut faire la secrétaire d'Etat à l'économie numérique lorsqu'elle est prise à partie par des proches du principal lobbyiste de l'économie numérique française... qui n'est autre que son frère ?
Mise à jour: Sur Facebook, NKM accuse le directeur de Dailymotion Martin Rogard (fils du lobbyiste de l'industrie culturelle Pascal Rogard) d'être lui-même "frappé d'ambiguïté", et se demande s'il "faut des couverts en or pour recevoir Martin Rogard". Ambiance.
Mise à jour (bis) : A lire également; le décryptage d'Emmanuel Torregano, selon qui NKM serait victime d'une tentative de destabilisaiton orchestrée par le cabinet de Christine Albanel. Un vrai feuilleton.
La secrétaire d'Etat à l'économie numérique Nathalie Kosciusko-Morizet est dans une position intenable. Nous l'avions pressenti lorsqu'elle a été nommée à ce poste alors que son propre frère, Pierre Kosciusko-Morizet, est le fondateur du site de commerce en ligne Priceminister et surtout dirige les deux principaux lobbys des éditeurs de services numériques en France. PKM est en effet président de l'Association pour le commerce et les services en ligne (Acsel), un groupement de 200 entreprises du web et des télécoms, et il est co-président de l'ASIC, qui regroupe les principaux acteurs du net en France (Google, Dailymotion, Yahoo, Microsoft, Myspace, Wikipedia...).
C'est un interlocuteur indispensable pour la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, qui plonge NKM dans un grand bain de conflit d'intérêts dont on commence à percevoir la difficulté, néfaste pour le gouvernement et pour l'économie numérique.
Mercredi, le Figaro a en effet révélé que Dailymotion s'est vertement fâché contre Nathalie Kosciusko-Morizet. Martin Rogard et Giuseppe di Martino, directeur France et directeur juridique de la plateforme de partage de vidéos, ont adressé le 24 février à NKM un courrier cinglant qui accuse la secrétaire d'Etat de laisser un "courant de pensée anti-Internet prospérer". Ils dénoncent "l'absence de communication" de NKM sur la proposition émise par Frédéric Lefebvre de convoquer une commission d'enquête parlementaire sur les plateformes de streaming.
"Ces temps-ci, il est facile de résumer l'atmosphère dans laquelle nous évoluons en France, à la différence de ce que peut connaître notre société dans le cadre de son expansion à l'étranger […] : tu as une idée, je la taxe, je te régule ! Vous créez, je taxe, nous vous régulons ! C'est cela la «grammaire des affaires» ? Pour nous entrepreneurs du Net, c'est là une conjugaison bien malheureuse, déconnectée du temps numérique, celui des nouvelles générations", peut-on lire dans la lettre.
Le courrier s'inscrit dans un contexte détestable pour les professionnels du net. Dès son entrée en fonction, Nicolas Sarkozy a décrit Internet comme un far-west qu'il faut civiliser, la loi Hadopi a été mise en chantier, le filtrage du net est préparé par le ministère de l'Intérieur, et on ne compte plus le nombre de fois où Nadine Morano (qui veut les adresse IP de ceux qui l'insultent) a comparé Internet à un repaire de pédophiles. Sans parler du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, selon qui Internet est un "mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde", un endroit où "les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge", et "les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid".