Philippe Val ou le “malentendu”
« Je ne sais pas pourquoi on dit autant de conneries sur moi. » Dans son pavillon de banlieue parisienne, petit salon, piano, bibliothèque, l'homme, silhouette mince et barbe de deux jours, s'interroge. Demain, l'ex-patron de Charlie Hebdoannoncera officiellement son départ à la rédaction qu'il dirige depuis dix-sept ans. Il va à Radio France, rejoindre son ami Jean-Luc Hees, pour diriger France Inter ou autre chose, il dit ne pas savoir. Cela fait des semaines que la rumeur court. Et rarement nomination aura provoqué un tel déferlement. Notamment sur le Net. « On m'insulte dans tous les coins, ironise l'éditorialiste sans sourire et d'une voix douce, en caressant ses chats. Je n'ai pourtant pas vendu de beurre aux Allemands ! Tout ça, ce sont des malentendus. » Des « malentendus » que l'ex-chanteur anar, devenu éditorialiste à abattre, n'a cessé de nourrir.
Philippe Val n'a pas toujours écrit des éditos. Il a commencé par des chansons. Début des années 70, l'ado aux cheveux longs et pull troué s'échappe le soir de chez son père, directeur des abattoirs du 15e arrondissement de Paris, pour chanter sa révolte au cabaret. Disciple de Brassens et de Léo Ferré, il dénonce la pollution, la peine de mort, l'armée. Genre « crime, trahison, misère [...] tout pouvoir politique exhale la même odeur d'horreur banale [...] le vrai programme commun c'est s'enrichir sur l'égalité/ tuer pour la fraternité/ enfermer pour la liberté ». Philippe Val aurait pu finir chanteur engagé, comme son copain Renaud, mais il rencontre l'humoriste Patrick Font. Pendant vingt ans, le duo alterne sketchs et chansons mi-franchouil lardes, mi-anar, dont on peut encore apprécier la légèreté sur Internet aujourd'hui : Connard land, Ils finiront à l'échafaud, ou encore le fort élégant Ça va chier, dont la pochette montre le duo sodomisant un Philippe Léotard déguisé en moine. Dessin de Cabu, déjà. Dédaigné par la presse « sérieuse » mais soutenu par le Charlie Hebdo de Cavanna et Delfeil de Ton, le duo connaît un certain succès populaire dans les années 80... Mais « Val lisait cinq journaux au petit dej', ça le démangeait d'écrire autre chose que des chan sons », se souvient Patrick Font.
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